Moi, L’Abeille Noire

Mon nom savant est : « Apis mellifera mellifera »
Il y a 20 000 espèces d’abeilles dans le monde, dont certaines remontent au temps des dinosaures.
Mon histoire à moi, l’Abeille noire, a commencé il ya très, très longtemps : 1 million d’années, en Europe.
Et je n’ai cessé de m’adapter au climat, au terrain, et cela jusqu’à aujourd’hui. Je suis vive, frugale et résistante. Et même parfois un peu indocile, parce qu’il ne faut pas oublier que je suis restée un tantinet sauvage.

Ma vie au fil des saisons

Le plus difficile pour moi, c’est l’hiver. Je ne peux pas sortir à l’air libre car, dès 10°, je ne supporte plus le froid. Je reste ainsi de longs mois dans le noir de ma ruche.

Arrive enfin le printemps ! Toutes les abeilles reprennent une vie active de butineuses, voletant autour des arbres fruitiers en fleurs. Aux heures les plus chaudes, je récolte le pollen orange sur les ajoncs de Belle-Île, puis, quelques semaines plus tard, sur les fleurs des prunelliers et les saules. La période la plus intense de ma ruche commence. Et la reine va commencer à pondre !

C’est à partir du mois de mai que mon activité devient très intense car tous les prés et les jardins de l’île sont en fleurs : ajoncs, romarins, géraniums, ronces, roses pimprenelles, echiums géants, troënes, etc., un vrai festin !

Puis c’est l’été, avec la corvée d’eau à ne pas négliger ! Il faut environ cinq litres d’eau par jour pour la ruche : pour boire, mais aussi pour rafraîchir l’atmosphère intérieure en humectant les rayons.
J’aspire l’eau de pluie sur les plantes, ou au bord des flaques. Je récupére aussi les petites gouttelettes qui se forment à l’extrémité des feuilles quand l’humidité du sol est trop élevée : cela s’appelle la guttation. Cette eau est riche en protéines, sels minéraux et sucres. Mais gare à moi si les plantes sont devenues toxiques à cause de pesticides, ou autres traitements agricoles néfastes, qui se retrouvent dans ces petites gouttelettes.

Ma famille

Je vis dans une famille très organisée, respectant des habitudes bien précises connues de nombreux spécialistes qui nous étudient depuis longtemps.

De loin vous pourriez penser que toutes les abeilles de la ruche sont identiques, et non ! Nous sommes réparties en trois catégories, avec des fonctions bien spécifiques pour chacune d’elles :

Famille de l'abeille noire
  • la reine, on pourrait aussi bien l’appeler la « mère », car c’est elle qui pond tous les oeufs, de jour comme de nuit, du mois de janvier au mois de septembre ! des millions d’oeufs !
  • les mâles, appelés Faux-Bourdons,
    Ils sont entre 3 000 et 4 000. Seulement quelques-uns pourront féconder la reine, ce qui est leur seul rôle.
  • les ouvrières, vraiment très nombreuses, plus de 45 000, et c’est une chance car elles ont à faire un travail colossal…
    Dès sa naissance chaque abeille est programmée pour exécuter des tâches bien précises, et dans un ordre déterminé. Au cours de sa courte vie, pas plus de cinq à six semaines, elle exercera 6 métiers différents.

Mes 16 outils bien adaptés …

Mon anatomie et mes équipements très performants sont les «outils» particulièrement bien adaptés dont je me sers pour pratiquer tous les métiers que je vais exercer au cours de mon existence. Jugez plutôt!

Mes 16 outils bien adaptés

Au fil des jours, tous les métiers d’une ouvrière

Au long de ma courte vie, pas plus de cinq à six semaines, je suis une ouvrière qui exerce des tâches bien précises dans un ordre immuable prévu d’avance :

DE MON 1er À MON 3ème JOUR : je suis « femme de ménage », je débarrasse les alvéoles des déchets abandonnés par les larves et si besoin je fais quelques réparations sur les rayons.

À PARTIR DE MON 3ème JOUR : je suis « nourrice », mon corps s’est transformé et grâce à deux glandes mammaires je fabrique de la gelée royale pour nourrir les larves. Je n’en donne aux larves que pendant trois jours, avant de passer à une simple bouillie. Car si je continuais à les gaver de gelée, elles deviendraient des reines ! Et ce serait bien embêtant car il ne peut y en avoir qu’une seule à la fois. Si, par erreur, il en naissait plusieurs, ce serait aussitôt une bagarre à mort jusqu’à ce que la plus forte gagne !

ENTRE MON 10ème ET MON 12ème JOUR : me voilà « magasinière ». Je décharge le nectar apporté par les butineuses et, après l’avoir transformé en miel, je le tasse au fond des alvéoles. Je fais aussi quelques sorties (c’est la première fois!) pour examiner les lieux environnants ou la position du soleil, cela me fera des repères pour plus tard.
Je ventile à l’aide de mes ailes pour maintenir une température idéale dans la ruche, et si besoin je donne un coup de main au ménage. Et, pendant ce temps, mon corps s’est à nouveau transformé : mes glandes mammaires ont disparu, et des glandes cirières ont fait leur apparition. Je suis prête pour un nouveau métier !

DE MON 12ème À MON 18ème JOUR  : je deviens bâtisseuse-cirière : la cire, produite par mes glandes, suinte entre les quatre derniers anneaux de la face ventrale de mon abdomen, puis elle se solidifie en une petite plaquette très mince. Avec mes pattes je la porte à ma bouche, je la pétris avec mes mandibules, et j’en fais des petites boules. Avec toutes les ouvrières de la ruche, nous formons tantôt une grappe, tantôt une chaîne suspendue au sommet du rayon à construire, et nous nous passons les boules de pattes en pattes, jusqu’à ce qu’elles arrivent à celle qui est en train de façonner les alvéoles hexagonales, juste à la bonne taille pour les larves.

Avant de nous mettre à l’œuvre, nous nous gavons de miel, car pour avoir l’énergie de produire 1 kg de cire, nous devons absorber entre 7 et 10 kg de miel, de quoi façonner les 80 000 alvéoles, bien inclinées pour éviter que le miel ne coule, qui vont nous servir de magasin pour conserver les provisions de miel et de pollen pour l’hiver, et aussi pour nourrir le couvain (la ponte de la reine).

DE MON 18ème À MON 21ème JOUR : je commence à voir le jour !  Mes glandes à cire ont disparu, et me voilà gardienne à l’entrée de la ruche pour chasser les éventuels ennemis : guêpe ou abeille étrangère… Grâce à mes antennes  » détecteurs à parfum  », j’ai un odorat très fin. Je repère instantanément les intrus et après sommation, je les chasse, par les armes s’il le faut !

DE MON 21ème JOUR À MA MORT : dans un rayon d’environ 3 km, je fais une incessante navette entre les fleurs et ma ruche pour récolter nectar, pollen et eau. C’est épuisant, mes ailes sont ébréchées, mon poil usé, et je suis devenue toute terne. De plus, c’est le métier de tous les dangers, je risque ma vie en permanence : toiles d’araignées, oiseaux, insectivores de toutes sortes me menacent, sans parler des intempéries, vent et pluie qui peuvent me noyer. Ce n’est pas un hasard si c’est ma dernière mission…

 

Les Menaces

Les maladies et les parasites

Quelques maladies terribles, souvent transmises par des parasites, guettent les abeilles. Elles sont sournoises, extrêmement dangereuses et, de plus, souvent contagieuses. Parmi les plus redoutables, la loque américaine, une terrible épidémie due å une bactérie, qui provoque la pourriture du couvain, et donc l’effondrement complet de la ruche. C’est une bactérie trés résistante et trés contagieuse.

Un autre parasite est à craindre par dessus tout : le varroa. C’est un minuscule acarien rougeåtre, qui s’attaque aux abeilles quel que soit leur åge, adultes, larves ou nymphes. II se reproduit å l’intérieur du couvain oü il se laisse enfermer pour se nourrir du sang des nymphes (l’hémolymphe).

Sa durée de vie est adaptée au cycle de vie des abeilles. II transmet des virus comme celui du syndrome des ailes atrophiées provoque des malformations graves pour les abeilles å naitre, et bien souvent provoque la mort. Les apiculteurs doivent étre trés attentifs au moindre signe qui pourrait donner l’alerte, afin d’agir aussitöt å l’aide de remédes efficaces.
C’est aussi pourquoi il faut veiller trés soigneusement ä l’hygiéne de la ruche.

Les prédateurs

Le frelon asiatique

Depuis les années 2004, un nouveau prédateur redoutable des abeilles est arrivé d’Asie : le Frelon asiatique. C’est un insecte plus petit mais plus massif que le Frelon européen. On le distingue par la couleur orangée de sa téte et du bas de son abdomen et par ses pattes jaunes.
Ce tueur d’abeilles les découpe en morceaux et utilise leurs thorax pour alimenter les larves de son nid.

Les apiculteurs de Belle-Ile engagent une lutte intense contre lui, principalement au cours de deux périodes de l’année : au printemps, quand la reine occupe un petit nid blanc, souvent accessible, qui
peut étre facilement détruit, et ä l’été/automne, lorsque la colonie devenue importante a emménagé dans un grand nid de 50 ä 90 cm de diamétre, souvent perché aux sommets des arbres.
II est alors indispensable d’alerter une équipe spécialisée, qui interviendra avec la méthode et le matériel spécifique pour le détruire.

Les pesticides

Depuis des décennies l’homme fait appel å toutes sortes de dangereux pesticides, substances le plus souvent chimiques, utilisées pour lutter contre des organismes considérés comme nuisibles (insectes,
champignons, mauvaises herbes, parasites animaux et végétaux…).
Ces pesticides, utilisés ä grande échelle dans l’agriculture, mais aussi dans les jardins, préparent une catastrophe écologique majeure en mettant en péril l’abondance des fruits et légumes, sauvages ou cultivés, et la biodiversité en général.
Les néonicotinoides, en particulier, attaquent le système nerveux des abeilles, les tuant å petit feu, ainsi que tous les autres pollinisateurs Ies plus sauvages comme les bourdons, les abeilles sauvages, les coccinelles, etc.
La disparition des insectes entraine aussi la disparition des oiseaux qui s’en nourrissent, toute la chaine alimentaire est menacée. Les effets toxiques des pesticides et leur diffusion partout dans la nature, dans les sols, dans l’air, et dans les nappes phréatiques inquiètent de plus en plus la communauté scientifique.
Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent dans le monde contre l’emploi de pesticides tueurs, et pour leur interdiction RÉELLE et non simulée.